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Prenons soin de nos proches aidants!

Lors de mes conférences pour sensibiliser les proches aidants à l'usure de compassion, ces rencontres me mettent en lien direct avec ce qu'il y a de plus humain, de plus sincère et de plus véridique chez les gens; cela me permet de rencontrer des gens résilients, drôles, chaleureux, mais cela me met aussi en contact avec une grande souffrance. 

Cette souffrance, ce grand sentiment d'isolement, je le ressens plus chez les proches aidants des régions métropolitaines que chez ceux que j'ai rencontrés dans de plus petites villes ou villages. 

Je veux les outiller, ces proches aidants, pour qu'ils puissent prendre soin d'eux. Je voudrais faire plus, mais mon intervention s'arrête là.

Que faire de plus? Il y a tellement de besoins et au final si peu de ressources! "Je veux aller chercher de l'aide", me dit-on, "mais je me frappe à un mur..." Je souhaite sincèrement que Madame Blais (1), qui manifeste tellement de volonté d'améliorer la situation des proches aidants et des aidés, réussisse à le faire. Il y a encore beaucoup de travail, et ce n'est pas terminé, puisque la population vieillit.

Mais il ne s'agit pas uniquement des proches aidants d’aînés; il y aussi tous ceux qui s'occupent d'un enfant handicapé par exemple, tout en travaillant. Il y a tous ceux qui doivent se battre avec une maladie incurable. Et par dessus tout cela, ce grand sentiment de solitude; ce sentiment d'être "attaché", lié, d'avoir perdu tous ses contacts avec l'extérieur... tous ses repères, et de n'être plus qu'un proche aidant. Je sais ce que c'est, je l'ai vécu de cette façon; cependant, je n'étais pas entièrement isolée même si j'étais dans une grande ville puisque mon conjoint souffrait du cancer et qu'une magnifique équipe s'occupait de nous. Mais j'étais et je suis restée fondamentalement longtemps seule dans ma souffrance. J'avais oublié, après 13 ans de proche aidance, ce que c'était de faire des choses pour moi, de penser à moi.

Si vous connaissez des proches aidants, dans votre rue, dans votre village, svp, pensez à eux. S'ils ne vous parlent plus ou guère, si vous ne les voyez pas souvent, s'ils étaient vos amis mais ne vous donnent plus signe de vie, dites-vous que c'est probablement parce qu'ils ne veulent pas vous "embêter" avec toujours les mêmes histoires, parce qu'ils pensent n'avoir rien à dire d'autre que ce qui a trait à la maladie autour de laquelle leur vie tourne; écoutez-les, faites-les parler, faites-les rire, faites les sortir de leur isolement, faites-leur comprendre qu'ils ne sont pas seuls. Que même si vous ne comprenez pas tout ce qu'ils peuvent vivre, ce qui est très difficile à moins de l'avoir vécu soi-même, montrez-leur que vous les appréciez, sincèrement, et si vous les trouvez courageux, patients, forts, dites-leur aussi! Faites leur sentir qu'ils sont encore des êtres humains...

Je crois que nous devrions, collectivement, prendre soin de nos proches aidants; 1,5 millions de proches aidants au Québec! et là-dedans 70% qui vivent beaucoup de stress, et presque la totalité qui parlent de l'influence de la proche aidance sur leur santé.

Jusqu'à maintenant, j'ai surtout voulu permettre aux proches aidants de prendre conscience des risques de l'usure de compassion, et de les aider à trouver leurs propres moyens de protection. Mais je me rends compte aussi que nous avons une responsabilité collective. Pourquoi ne pas reproduire dans nos grandes villes ce qui se fait si naturellement dans les petits villages? La proximité, cela peut aussi se créer dans les quartiers...

 


(1) Madame Blais a écrit un très beau livre : De la proche aidance à la bienveillance. J'en ai fait l'analyse pour le magazine sur la bienveillance du Club de lecture Affaires; cette lecture m'a permis de comprendre les raisons de son retour en politique.

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